Syndrome de sevrage des antidépresseursLLG n° 53, mars 2007

 

Bien que les premières observations concernant le syndrome de sevrage lié à l’arrêt des antidépresseurs date de 1961, il a fallu plus de trente ans pour que cette information soit largement répandue. Ce problème existe avec tous les antidépresseurs,

mais la dépendance physique apparait plus sévère chez les patients sous ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine). Un débat sémantique existe toujours pour qualifier ce syndrome : dépendance, syndrome d’arrêt, syndrome de sevrage... Nous choisissons de retenir le terme « dépendance » dans le sens où certains patients se trouvent dans de grandes difficultés lorsqu’il s’agit d’arrêter leur médication même s’il n’existe pas à proprement parler de tolérance, de recherche de sensation de plaisir ou de craving.

Comme pour toute substance affectant la chimie du système nerveux central, il existe sans doute une dépendance particulière à certains antidépresseurs liée à une neuroadaptation.

 

Les symptômes de sevrage apparaissent en général brusquement dans les jours qui suivent l’arrêt de la médication et disparaissent rapidement (en général dans les 24 heures) après reprise du traitement. Les symptômes les plus courants sont l’anxiété et la dépression (même dans les études chez des volontaires sains). Il y a donc lieu de faire la distinction entre un syndrome de sevrage et une récidive de la dépression. Le pourcentage de patient souffrant de ce syndrome est difficile à évaluer (10 à 30%?) sans doute en raison de cette confusion. Des données contrôlées sur l’incidence des symptômes de sevrage sont rares mais il semble qu’un traitement prolongé et l’arrêt brutal de doses élevées soient des facteurs favorisants même s’il peut apparaître après de très courtes périodes de prise. Les femmes seraient plus souvent concernées que les hommes.

 

Les symptômes de sevrage le plus souvent décrits avec les antidépresseurs tricycliques  sont des troubles gastro-intestinaux, des symptômes grippaux, de la fatigue, de l’anxiété et de l'agitation, des cauchemars et des troubles du sommeil. Des troubles moteurs (par ex. acathisie) et du comportement peuvent également survenir.

Les réactions de sevrage  rapportées avec les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), notamment avec la paroxétine. surviennent généralement 24 à 72 heures après l’arrêt de la médication et persistent 1 à 2 semaines, voire plus. Etant donné la longue demi-vie de la fluoxétine (4 à 6 jours) et de son métabolite actif, la norfluoxétine (4 à 16 jours), il est possible que des symptômes de sevrage n’apparaissent que tardivement après l’arrêt du traitement. Les symptômes les plus fréquents sont: vertiges, nausées, léthargie et céphalées, anxiété, paresthésies, lipothymies, troubles de l’équilibre, tremblements, sudation, insomnie et cauchemars.

 

Des symptômes de sevrage, parfois graves, ont également été rapportés à l’arrêt de la venlafaxine [un inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, de la sérotonine, et dans une moindre mesure de la dopamine]. Il s'agit entre autres de troubles du sommeil, troubles gastro-intestinaux, syndrome grippal, céphalées, vertiges, nausées, diarrhée, lipothymies et  sensations de choc électriques. Des cas rares de convulsions ont été signalés.

L’arrêt du traitement doit se faire de préférence de manière progressive, sur une période d’au moins 6 à 8 semaines après un traitement prolongé.

 

Il y a quelques cas rapportés de suspicion de syndrome de sevrage néonatal (notamment convulsions) lié à la consommation maternelle de ISRS durant la grossesse.

 

Des solutions sont proposées pour faire face à ce syndrome. Un traitement lent et dégressif avec des prescriptions de doses intermédiaires en prescription magistrales, le remplacement de l’antidépresseur par un tricyclique (imipramine) en dose dégressive ou par de la fluoxétine (demi-vie plus longue) en gouttes pour faciliter le contrôle du dosage par le patient.

En conclusion, le syndrome de sevrage est une réalité objective lors de l’arrêt des antidépresseurs dont il faut parler clairement au patient dès l’instauration du traitement. D’une part pour ne pas risquer d’accident chez les patients qui arrêtent leur suivi. D’autres part pour aider les patients à formuler leurs difficultés lors de l’arrêt et donc de permettre qu’il se déroule dans les meilleures conditions  possibles.

 

Dr Monique Debauche. Psychiatre.

 

Références :

-   http://www.cbip.be

-   David Healy .Psychiatric Drug Explained. Ed. Elsevier.2005

-   http://www.uea.ac.uk/~wp276/antidepressant.htm