Syndrome de sevrage des
antidépresseurs
Bien que les premières observations concernant le syndrome de sevrage
lié à l’arrêt des antidépresseurs date de 1961, il a fallu plus de trente ans
pour que cette information soit largement répandue. Ce problème existe avec
tous les antidépresseurs,
mais la dépendance physique apparait plus sévère chez les patients sous
ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine). Un débat
sémantique existe toujours pour qualifier ce syndrome : dépendance,
syndrome d’arrêt, syndrome de sevrage... Nous choisissons de retenir le terme
« dépendance » dans le sens où certains patients se trouvent dans de
grandes difficultés lorsqu’il s’agit d’arrêter leur médication même s’il
n’existe pas à proprement parler de tolérance, de recherche de sensation de
plaisir ou de craving.
Comme pour toute substance affectant la chimie du système nerveux
central, il existe sans doute une dépendance particulière à certains
antidépresseurs liée à une neuroadaptation.
Les symptômes de sevrage apparaissent en général brusquement dans les
jours qui suivent l’arrêt de la médication et disparaissent rapidement (en
général dans les 24 heures) après reprise du traitement. Les symptômes les plus
courants sont l’anxiété et la dépression (même dans les études chez des
volontaires sains). Il y a donc lieu de faire la distinction entre un
syndrome de sevrage et une récidive de la dépression. Le pourcentage de patient
souffrant de ce syndrome est difficile à évaluer (10 à 30%?) sans doute en raison
de cette confusion. Des données contrôlées sur l’incidence des symptômes de
sevrage sont rares mais il semble qu’un traitement prolongé et l’arrêt brutal
de doses élevées soient des facteurs favorisants même s’il peut apparaître
après de très courtes périodes de prise. Les femmes seraient plus souvent
concernées que les hommes.
Les symptômes de sevrage le plus souvent décrits avec les antidépresseurs tricycliques sont des troubles gastro-intestinaux, des
symptômes grippaux, de la fatigue, de l’anxiété et de l'agitation, des
cauchemars et des troubles du sommeil. Des troubles moteurs (par ex. acathisie)
et du comportement peuvent également survenir.
Les réactions de sevrage
rapportées avec les inhibiteurs
sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), notamment avec la
paroxétine. surviennent généralement 24 à 72 heures après l’arrêt de la
médication et persistent 1 à 2 semaines, voire plus. Etant donné la longue
demi-vie de la fluoxétine (4 à 6 jours) et de son métabolite actif, la
norfluoxétine (4 à 16 jours), il est possible que des symptômes de sevrage
n’apparaissent que tardivement après l’arrêt du traitement. Les symptômes les
plus fréquents sont: vertiges, nausées, léthargie et céphalées, anxiété,
paresthésies, lipothymies, troubles de l’équilibre, tremblements, sudation,
insomnie et cauchemars.
Des symptômes de sevrage, parfois graves, ont également été rapportés à
l’arrêt de la venlafaxine [un
inhibiteur de la recapture de la noradrénaline, de la sérotonine, et dans une
moindre mesure de la dopamine]. Il s'agit entre autres de troubles du sommeil,
troubles gastro-intestinaux, syndrome grippal, céphalées, vertiges, nausées,
diarrhée, lipothymies et sensations de
choc électriques. Des cas rares de convulsions ont été signalés.
L’arrêt du traitement doit se faire de préférence de manière
progressive, sur une période d’au moins 6 à 8 semaines après un traitement
prolongé.
Il y a quelques cas rapportés de suspicion de syndrome de sevrage
néonatal (notamment convulsions) lié à la consommation maternelle de ISRS
durant la grossesse.
Des solutions sont proposées pour faire face à ce syndrome. Un
traitement lent et dégressif avec des prescriptions de doses intermédiaires en
prescription magistrales, le remplacement de l’antidépresseur par un
tricyclique (imipramine) en dose dégressive ou par de la fluoxétine (demi-vie
plus longue) en gouttes pour faciliter le contrôle du dosage par le patient.
En conclusion, le syndrome de sevrage est une réalité objective lors de
l’arrêt des antidépresseurs dont il faut parler clairement au patient dès
l’instauration du traitement. D’une part pour ne pas risquer d’accident chez
les patients qui arrêtent leur suivi. D’autres part pour aider les patients à
formuler leurs difficultés lors de l’arrêt et donc de permettre qu’il se
déroule dans les meilleures conditions
possibles.
Dr Monique Debauche. Psychiatre.
Références :
- David
Healy .Psychiatric Drug Explained. Ed.
Elsevier.2005
- http://www.uea.ac.uk/~wp276/antidepressant.htm